Ah ! Mana. Combien de fois l'a t-on admiré, puis moqué et enfin méprisé ? Mais il est toujours là, bien vivant, et garde un petit noyau de fans dévoués. En dehors de l'annonce de son dernier album, le hasard a fait que j'ai plusieurs fois entendu parler de lui ces dernières semaines, certes peu, mais plus que d'ordinaire. Profitons-en donc pour nous remémorer ce qu'il représente dans le Lolita !
Sans rentrer dans les détails, commençons simplement par dire que le véritable nom de Mana nous reste inconnu depuis le début de sa carrière dans les années 80, tout comme son année de naissance. On sait simplement qu'il est né un 19 mars à Hiroshima (je parie qu'il a une bonne quarantaine d'années, et vous ? :-]). Ses parents, professeurs de musique, lui ont inoculé le virus du classique, mais ce n'est qu'au lycée qu'il commence à pratiquer plusieurs instruments. Il intègre quelques groupes punks à partir de 1989 puis fonde Malice Mizer en 1992. C'est à cette époque qu'il commence à révolutionner le petit monde du Visual Kei, appuyé par la forte identité visuelle du groupe. Il crée tous les costumes de scènes, hybrides entre gothique à l'occidental et Rococo sauce Glam rock. Lui, guitariste, se travestit et incarne un personnage mystérieux dont on ne connaît ni la voix ni les pensées. Adoptant une gestuelle théâtrale, il répond aux questions des journalistes en chuchotant à l'oreille d'un membre du groupe chargé de transmettre ses paroles. Le personnage de Mana fait ainsi l'objet d'une fascination toute particulière auprès de ses fans, qui commencent à imiter ses costumes. Ce sont les débuts - ou du moins beaucoup le pensent - du Gothic Lolita.
En 1999, il fonde sa propre marque de vêtements, Moi-Même Moitié, clairement différenciée du cosplay par ses lignes sobres, ses dentelles délicates et ses couleurs fétiches, noir et bleu roi. Deux lignes principales à cette marque représentent deux facettes différentes sur lesquelles joue le musicien. L'Elegant Gothic Lolita est ainsi plus féminine que l'Elegant Gothic Aristocrat, composée de pantalons, hauts-de-forme et vestes queues de pie. C'est probablement à Mana que l'on doit les termes de "Gothic Lolita" et d' "Aristocrat", même si on impute au magazine Kera le nom "Lolita". C'est également grâce à son influence que le Lolita a connu à ses débuts, et pendant une longue période, une majorité d'adeptes de Gothic Lolita. Ses photos dans le Gothic & Lolita Bible (G&LB) chaque trimestre assurent de la visibilité à la marque et au personnage. Des tas de filles en Occident découvrent le Lolita par Mana ou vice-versa. La marque Moi-Même Moitié repose donc beaucoup sur la marque Mana, ce que ce dernier semble avoir bien compris puisqu'il pose encore fidèlement dans le G&LB, sans une ride à son logiciel Photoshop !
Car Mana, c'est la perfection d'une diva gothique, une créature mi-angelique mi-vampirique aux boucles parfaites ou aux mèches hérissées, à la robe sans plis ou aux costumes de Dracula, avec toujours une paire de plateformes aux pieds, le teint blanc, la bouche petite et noire, de grands yeux aux longs cils. Le jeu sur la tension entre l'ange et le démon, la jeune fille pieuse et le vampire sensuel, est présent tout au long de la carrière artistique du musicien, que ce soit dans ses morceaux, sa marque, ses photos ou ses clips.
En 2001, Malice Mizer se met en hiatus mais ne se sépare pas, du moins en théorie car la situation n'a pas réellement évolué depuis. La même année, c'est la naissance de Moi Dix Mois, considéré comme un projet solo car Mana en est le chef et seul membre permanent. L'année suivante, il fonde son propre label, Midi:Nette (décidément, la lettre M...), et devient producteur, ce qui l'amène en 2008 à lancer Kanon Wakeshima. Le cas de la chanteuse est d'ailleurs assez particulier puisqu'elle n'a pas signée chez lui mais chez une major, et que son style est beaucoup plus lumineux que les autres groupes qu'il a produit. En plus c'est une fille, ce qui est assez rare pour être souligné. :o
Beaucoup ont reproché à Mana le trop grand sérieux avec lequel il semblait prendre son personnage, les prix de sa marque, l'abus de Photoshop, le coté un peu ringard et monotone (il n'a presque pas changé depuis le début du siècle), un peu kitsch, donc risible. Mais je crois bien que c'est ce qui plaît à ses fans, cette constance, cet aplomb, cet univers marqué. De plus, il passe pour être quelqu'un de très consciencieux dans son travail, et très amical et accessible*. Il est en réalité très secret avec sa vie privée, et même avec son vrai visage (saurait t-on réellement le reconnaître sans son maquillage ?). Et s'il ne parle pas, c'est aussi car il n'aime pas sa voix.
*cette dernière information m'a été fournie par un gars de mon lycée qui prétend l'avoir croisé dans un bar, je n'en garantis donc pas la fiabilité ("Mana parle ?!" lui avais-je rétorqué, les yeux ronds).
Clairement, Mana est passé de mode. En même temps que la tendance Sweet supplantait le Gothic, que la scène Lolita s'éloignait du Visual Kei et de ses origines. Mais malgré son manque décroissant de popularité ces dernières années, accentué par une actualité artistique des plus discrète, il est et sera encore considéré par quelques irréductibles comme le Dieu incontesté du Rori, LE Mana-sama.
QUELQUES LIENS INTERESSANTS
Un petit bonus ? Mana se produit annuellement en compagnie d'autres musiciens pour des concerts uniques. En 2007 (je crois) il forme Mana's Not Dead avec d'anciens amis à lui, renouant avec ses racines punks. Devinez qui il est sur cette vidéo ? :-]
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