• J'aime le mélange des genres. Un musicien qui tourne un film, un mannequin qui chante, un écrivain qui monte un groupe... Même si c'est parfois maladroit ou inapproprié (la célébrité ou le talent dans un domaine ne fait pas tout), c'est ce qui fait avancer l'imaginaire que ces personnes portent en elles, et qui nous force à dépasser des lignes préconçues, à élargir des définitions limitées. Prenons ce blog par exemple. Beaucoup affirment que le Lolita n'est que robes et noeuds à dentelles, rien d'autre. Or, l'existence même de ParisNoMado démontre que l'esthétique Lolita dépasse largement ces considérations matérialistes, puisqu'il existe des artistes qui sont parvenus à repousser les frontières du Lolita sur des mediums bien différents du vêtement.

    D'où mon envie de rédiger plus d'articles sur ces mariages incongrus entre Lolita et non-Lolita. Là encore, les premières choses qui viennent en tête sont vestimentaires : Punk et Lolita, Gyaru et Lolita, Fairy-kei et Lolita ou, pour les plus récents, Dolly ou Mori et Lolita. Mais vous n'y êtes pas du tout ! Ce blog traite d'arts et de culture Rori ou Roriesque. Je voudrais donc aujourd'hui nous amener à la pop culture.


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  • Le Lolita et le manga sont un peu comme l'oeuf et la poule : nous n'avons aucune idée de celui qui a enfanté l'autre, ou, plus exactement, l'a profondément transformé. Certes, les origines du premier sont plutôt floues alors que le deuxième, âgé de plusieurs siècles, existe dans la forme que nous connaissons depuis Tezuka. Et puis, les théories à propos de l'origine du Rori sont variées. D'aucuns affirment que le Lolita est né du Visual Kei, d'autres de la culture Kawaii et d'autres encore de la rue, et j'imagine que c'est un peu tout ça à la fois. Mais il y en a également, et beaucoup, et en particulier les néophytes et les esprits chagrins, qui pensent que le Lolita n'est rien d'autre que la copie In Real Life de ce que portent des personnages de bande-dessinée japonaise. Qui n'a jamais entendu sur son passage, ou pire, à la télévision, que nous étions "habillées en manga", "fans de manga", et donc par extension... de simples cosplayers ?

    Le mot "Cosplay" a donc été prononcé, à croire qu'on ne peut parler mode et manga sans aborder ce sujet presque tabou dans le Lolita. En vérité, parmi toutes les discussions sur les racines du mouvement, on retrouve insidieusement cette notion. Que sont des fans qui imitent les costumes de leurs groupes préférés ? Que sont celles qui adoptent les codes vestimentaires de certains mangas, dans les années 80 ? Vous avez dit "cosplayeurs" ? Gagné. Je ne dis pas bien sûr que le Lolita est une forme de Cosplay (vous ne seriez pas en train de lire ce blog si c'était le cas). J'essaie simplement de comprendre cette relation d'amour-haine entre deux mondes.

    Par ailleurs, il faut avouer que les deux mondes en question ont souvent tendance à cohabiter étroitement l'un avec l'autre, en particulier en Occident. J'imagine que l'affaire est plus simple au Japon, encore que je n'ai aucun moyen de le savoir précisément. Ici en revanche et même si la communication est plus aisée qu'il y a vingt ans, nous n'avons qu'une idée partielle de la culture pop japonaise, qui ne nous est arrivée que récemment. Nous avons toutes plus ou moins connu les premières vague de la "mangamania", peut-être en faisions-nous même partie. A travers ces supports (je parle de la culture manga en général, cosplay et anime y sont compris lorsqu'ils en découlent), des bribes d'autres facettes du Japon nous sont parvenues, des choses que ce pays n'exportait pas forcément, voire avait honte. En ce qui me concerne, c'est par le biais du manga, à une époque où je n'avais aucun accès internet, que j'ai découvert les modes Decora, Ganguro et Lolita. Comme la plupart d'entre nous. Alors oui, le deuxième consommateur au monde de manga qu'est la France a une image biaisée de la mode de laquelle nous nous réclamons, mais c'est parce que pour elle le Lolita n'existe principalement qu'à travers ces cases, ces bulles et ces personnages parfois caricaturaux.

    Au final, on ne sait toujours pas si le manga a engendré le Rori ou si le Rori s'est implanté dans le manga. Toujours est-il qu'en Europe et en Amérique plus qu'ailleurs, les Lolita sont arrivées pour la plupart grâce à la BD nippone et se sont aménagées une petite place sur ce territoire, notamment grâce aux conventions. Ces événements, bien qu'officiellement axés sur la culture japonaise dans son ensemble, sont principalement réputés pour attirer une écrasante majorité de fans de mangas, et proposent des activités en ce sens. Les Lolita qui assistent aux conventions y sont donc amalgamées même si elles ne sont intéressées que par les défilés ou les stands de vêtements. Je me souviens d'une amie "otaku" à qui j'avais confié que j'adorerais aller à la Japan Expo pour y acheter des robes et faire signer quelques autographes à des artistes lolitas. Sa réponse, assez véhémente, fut de me reprocher mon manque d'intérêt pour les têtes d'affiche de l'événement. D'accord, mais si les mangas me laissaient désormais indifférente contrairement à d'autres aspects de l'archipel ? Et si la JE ne constituait plus que le seul endroit laissant une place aux Lolitas, mal connues du grand public ? (évidemment, cette anecdote est arrivée bien avant qu'ils suppriment toute présence loli de leurs éditions annuelles)

    Deux choses s'avèrent donc nécessaires dans un tel contexte. La première, n'est pas, comme le pense Victoria de Lolita-Charm [voir plus bas], d' "éduquer" les fans de manga eux-mêmes sur notre style vestimentaire, car ils en connaissent bien souvent plus que nous le pensons, passent par les mêmes préjugés à l'encontre de leur propres passions ou sont eux-mêmes des Lolita. Ce qui est important en revanche est d'opérer un changement dans les consciences des profanes, établir une différence claire entre manga et mode, éviter les clichés véhiculés par des médias mal renseignés. Pour celles qui ne comprenaient pas pourquoi Rouge Dentelle & Rose Ruban ou d'autres à New York ou Berlin organisaient autant de défilés où chaque fille représentait une catégorie, voilà votre réponse. Nous savons, nous, que "shiro" égal "blanc", que nous n'avons rien à voir avec Nabokov et que les Sweet aiment les couleurs pastels. Le public moyen en revanche ne le sait pas, et serait peut-être intéressé par ces informations délivrées de première main. Quant aux conventions eh bien, puisque comme je le disais la Japan Expo ne représente plus les Lolita, alors nous ne pouvions que lancer notre propre projet, hors des circuits "otaku" ! Et c'est de plus en plus le cas non seulement ici mais dans d'autres pays.

    Evidemment, les Lolita garderont toujours plus ou moins un pourcentage de présence dans les conventions classiques, ne serait-ce qu'en tant que visiteurs ou pour informer les gens, car c'est une part indéniable du Japon. Misako Aoki, nommée en 2oo9 "ambassadrice kawaii" par le ministère des affaires étrangères de son pays, sillonne le monde pour faire tout cela. C'est une preuve qu'il y a un intérêt envers le Lolita, donc que nous avons déjà commencé à affirmer notre poids par rapport à la communauté japonaise, laquelle décline fortement. Mais le but reste à terme, sans renier nos origines, sans créer de schisme inutile entre deux pays (France et Japon) ou deux univers (Lolita et culture manga) qui peuvent apporter de bonnes choses l'un à l'autre, de couper une bonne fois pour toute le cordon. Il fut un temps où le Lolita a eu chez nous besoin du manga pour être remarqué mais ce n'est plus le cas depuis bien longtemps. Notre défi est maintenant de renforcer notre communauté autour de valeurs et de références communes s'inspirant des domaines qui l'ont aidée à se constituer (le Visual Kei, le Kawaii, le manga donc, typiques d'un contexte et d'une société), qu'on le veuille ou non, que l'on s'en réclame encore ou pas. Par la suite, nous pourrons créer de nouvelles références qui cette fois seront plus fraîches et porteront la marque d'un Lolita "à l'occidentale".

    François Amoretti parlait il y a presque deux ans de n'être ni Français ni Japonais, "apatride mais Lolita". La même année j'étudiais en Histoire la définition d'une nation selon Fustel de Coulanges :

    " Les hommes sentent dans leur coeur qu'ils sont un même peuple lorsqu'ils ont une communauté d'idées, d'intérêts, d'affections, de souvenirs et d'espérances "

    Une définition qui correspondrait bien à notre cas ma foi.

    POUR ALLER PLUS LOIN

    Tous mes articles à propos de mangas

    Un article de Lolita-Charm sur les liens qui unissent anime et Lolita (des points intéressants malgré une vision quelque peu condescendante des fans d'anime)

    Un article de GodSaveTheLolita sur le même thème


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    Dans la fabuleuse épopée que constitue l'histoire du mouvement Lolita en France, on pourra retenir, parmi les dates importantes, celle de la création de la première association Lolita française. C'était le 2 janvier 2oo9, elle se nommait Symphonie Lolita. Malheureusement, pour cause de problèmes internes au sein du groupe, elle fut dissoute à peine deux mois plus tard (ndlb Je passe très vite sur cette expérience faute de documentation concrète sur l'activité même de l'assoc', puisque leur site et leur blog ont été effacés). On retiendra cependant une première démarche dans la volonté de structurer un mouvement qui, bien que marginal, prenait de plus en plus de caractère, d'identité, jusqu'à vouloir se démarquer de l'approche nippone. Certes, le projet fut bref, tatonnant et visait trop grand pour un début, mais il instaurait néanmoins les bases d'une idée qui avait déjà commencé à prendre forme en 2oo6/2oo7.

    Quelques mois après (c'est décidément allé très vite, cette affaire), une autre association nommée Rouge Dentelle & Rose Ruban (RD&RR) fut fondée par les mêmes personnes ou presque, avec Nella/Tsubame pour présidente. Et c'est de cette dernière dont je parlerai aujourd'hui. L'objet de cette association consacrée à la "mode urbaine Lolita, et d'inspiration Lolita" est clairement explicité dans son statut : créer un réseau entre les Lolita françaises, et pas seulement en région parisienne. Ainsi, les meetings et conventions auxquels elle participe peuvent se trouver ailleurs que dans la capitale. Elle promeut également la "visibilité et le développement artistique" du mouvement par un soutien aux artistes qui y sont issus, tels que François Amoretti ou encore la marque Lusty'n Wonderland, première du genre dans notre pays. Elle crée également des évènements ainsi que diverses opérations commerciales permettant de la faire vivre.

    Et en pratique ? Plusieurs rencontres entre Lolita (avec tarifs réduits pour les membres), participations à diverses conventions comme la Japan Expo ou Paris Manga et même une tombola aidée par BABY Paris, avec des vêtements et accessoires à gagner ! Mais ses deux plus gros projets restent néanmoins la création d'une convention entièrement Lolita, dont la première édition, si tout se passe bien, aura lieu les 4 et 5 juillet de cette année. Un fanzine bilingue (Français/Anglais) nommé L'Empire des Dentelles a aussi été crée et constitue un peu la synthèse des objectifs de RD&RR. Un petit noyau de membres en constituent son équipe de rédaction, mais chacune est libre de proposer ses services par un article, une nouvelle ou un dessin par exemple. Malgré quelques tâtonnements et une ligne éditoriale encore un peu floue, le fanzine rencontre un certain succès et son dernier numéro, le troisième, recèle quelques très bons papiers tels qu'un dossier "Maman & Lolita" et un conte de Grim pour lequel j'ai eu un vrai coup de coeur !

    Rouge Dentelle & Rose Ruban bouillonne de projets en cours, et j'espère qu'elle réussira à durer encore longtemps dans notre petite communauté francophone. Elle fêtera bientôt ses un an d'existence alors n'oubliez pas de la soutenir (quelques propositions ci-dessous) !

     

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